Dans le Var, des enfants piqués par une fourmi de 1 mm. Une douleur comparée à une décharge électrique…
Venue d’Amazonie, cette espèce invasive détectée en France intrigue par ses piqûres violentes. Mais représente-t-elle un vrai danger ?
Depuis mardi 13 janvier 2026, la fourmi électrique n’est plus un simple sujet de laboratoire. En moins de 72 heures, son nom s’est glissé dans les conversations, les matinales radio, les bulletins locaux. Détectée d’abord à Toulon en 2022, puis confirmée à La Croix-Valmer en 2024, Wasmannia auropunctata semblait contenue. Mais un rapport publié cette semaine, cité par l’INRAE et l’OFB, relance l’alerte : deux foyers bien actifs, plusieurs hectares infestés, et un risque d’expansion dès le printemps si rien n’est fait.
De la première détection à l’alerte de janvier : retour sur une invasive qui s’installe
Tout commence en 2022 à Toulon. Une fourmi minuscule, orange pâle, repérée par un habitant du quartier Sainte-Musse après plusieurs piqûres suspectes. Confirmation par les biologistes : Wasmannia auropunctata, classée parmi les 100 espèces exotiques les plus invasives au monde. Un an plus tard, un second foyer est découvert à La Croix-Valmer, dans un jardin privé. Discrète, l’espèce avance sans bruit, profitant du climat doux et des transports horticoles.
Le 13 janvier 2026, l’alerte prend une nouvelle ampleur. Un document technique cite des colonies actives sur plusieurs hectares. L’INRAE confirme la persistance des deux foyers, l’OFB parle d’un enjeu critique. Cette fois, les autorités locales annoncent une demande de dérogation pour une méthode de lutte plus agressive. Et les experts préviennent : si les traitements n’arrivent pas avant le printemps, les fourmis pourraient s’étendre bien au-delà du Var.
Un nuisible mondial, classé parmi les 100 pires invasifs
Mais d’abord, qui est-elle ? Wasmannia auropunctata, surnommée « fourmi électrique » en raison de la sensation brutale de sa piqûre, est une espèce originaire d’Amérique du Sud. Elle appartient à la famille des Myrmicinae. Introduite accidentellement dans de nombreux territoires via les échanges horticoles ou le fret, elle figure aujourd’hui parmi les 100 espèces les plus invasives au monde, selon la liste de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Son mode opératoire : envahir sans alerter. Cette fourmi forme des super-colonies interconnectées, sans agressivité entre nids, avec une reproduction clonale qui renforce sa stabilité. Elle se propage discrètement, tolère une grande variété d’habitats et s’installe durablement, jusqu’à bouleverser les milieux naturels ou agricoles.
Wasmannia auropunctata n’en est pas à son premier terrain conquis. Des plages de Guadeloupe aux plantations de bananiers en Nouvelle-Calédonie, des serres d’Israël aux quartiers pavillonnaires d’Hawaï, elle suit le même schéma : arrivée discrète, progression rapide, bascule brutale de l’équilibre écologique.
Ce qu’elle fait disparaître : tout ce qui la gêne. Insectes indigènes, arthropodes, jeunes oiseaux, lézards insectivores, et même d’autres espèces de fourmis. « Dans les forêts qu’elle a envahies, on n’entend plus aucun son d’insecte », constatait déjà en 2022 le chercheur Olivier Blight, après plusieurs campagnes de terrain en milieu tropical. La faune se tait. Les réseaux trophiques s’effondrent.
Ce qu’elle installe à la place : une monoculture de fourmis. Des super-colonies coopérantes, sans agressivité interne, capables de saturer un hectare en quelques mois. Les espèces locales n’ont aucune chance. Les prédateurs naturels n’ont plus de proies. Et dans l’intervalle, des parasites secondaires, comme les cochenilles ou les pucerons, prolifèrent en toute tranquillité, protégés par les fourmis elles-mêmes.
Et l’humain dans tout ça ? Dans les zones agricoles, la présence de Wasmannia augmente le recours aux pesticides, déséquilibre la pollinisation, affaiblit les rendements. Dans les foyers, elle infeste les prises électriques, les matelas, les armoires. « Certains chiens piqués aux yeux finissent aveugles en quelques jours », alerte un vétérinaire basé à Fort-de-France. Et les coûts s’accumulent : interventions, décontamination, pertes de cultures, soins animaliers.
« La fourmi électrique, c’est des milliards d’euros de dégâts ! » résume Éric Hansen (OFB Provence). Une nuisance invisible, persistante, globale. Et désormais, implantée en France.
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Pourquoi la lutte contre cette fourmi est complexe
Une espèce discrète, mais extraordinairement compétitive. Dans les milieux qu’elle investit, Wasmannia auropunctata ne laisse aucune marge. Sa capacité à former des colonies multiples, qui ne se combattent pas entre elles, lui permet d’étendre son emprise sans conflit ni fragmentation. Elle se faufile dans les structures, les substrats, les sols remués, et reste invisible jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Ni bruyante, ni massive, mais omniprésente.
Les chercheurs soulignent un paradoxe inquiétant : plus elle se multiplie, plus elle devient silencieuse. Pas de dôme, pas de galerie visible : elle niche dans les interstices, colonise les câbles, les composts, les plantes en pot. Résultat : elle voyage, sans bruit, par dizaines de milliers. Et quand on la détecte, c’est qu’elle est déjà partout.
Les limites des interventions actuelles. Selon les retours de terrain compilés par l’INRAE et l’OFB, les méthodes classiques de lutte ciblée échouent dans plus de la moitié des cas. La taille microscopique de l’insecte, sa capacité à se fragmenter en nids secondaires, et la densité de ses populations rendent tout traitement partiel inefficace. « On pense avoir traité un site, elle ressurgit trois rues plus loin », témoigne un agent communal.
À cela s’ajoute une contrainte réglementaire forte : en milieu habité, les solutions chimiques sont restreintes. Certains biocides autorisés à l’étranger sont interdits en France. Les protocoles expérimentaux restent à l’essai, encadrés, lents à déployer. Pendant ce temps, l’espèce gagne du terrain. Et avec elle, son cortège de déséquilibres écologiques et sanitaires.
Le plus inquiétant, ce n’est pas où elle est. C’est où elle peut aller.
Parce qu’elle ne s’annonce jamais, Wasmannia auropunctata a toujours un coup d’avance. Les foyers actuels sont cartographiés, surveillés, balisés. Mais les circuits de propagation — composts, pots de fleurs, matériel de jardin — dépassent déjà les périmètres contrôlés. Elle pourrait être à Fréjus. À Nice. À Montpellier. Et personne ne le saura avant les premières piqûres.
En milieu tempéré, cette espèce s’adapte. Elle attend les beaux jours pour sortir. Elle colonise en profondeur avant de remonter. Elle n’a pas besoin d’aller vite : il lui suffit d’être là, d’être partout, et d’être la dernière. C’est pour cela que les spécialistes parlent d’invasion lente, pas de poussée brutale. Mais c’est peut-être ce qui la rend encore plus difficile à contenir.
Le Var n’est peut-être pas une exception. Il est juste en avance.





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