À Blagnac, commune de l’agglomération toulousaine, une association dénonce depuis plusieurs semaines les campagnes de capture et de gazage au CO₂ menées par la mairie contre les pigeons — une pratique assumée publiquement par le maire Joseph Carles, et que plus de 21 000 signataires demandent d’arrêter immédiatement.
Des trottoirs souillés d’un côté. Des oiseaux qui meurent asphyxiés de l’autre. À Blagnac, la guerre aux pigeons tourne à l’affrontement ouvert entre la municipalité et l’association PAZ, qui dénonce une méthode qu’elle juge cruelle et scientifiquement contestable. La polémique a franchi les limites de la ville : elle a atteint l’Assemblée nationale, le Sénat, et soulève une question que des dizaines de communes françaises évitent soigneusement de se poser à voix haute — comment gérer les pigeons en ville sans en faire un problème politique ?
Blagnac, 364 pigeons tués en 2021 : ce que la mairie assume et ce qu’elle tait
Les faits ne sont pas contestés. Depuis au moins 2021, la mairie de Blagnac organise des campagnes de capture de pigeons — en cages, le maire insistant sur ce point pour se distinguer du filet, qu’il juge « trop brutal » — suivies d’une mise à mort par dioxyde de carbone. En 2021, 364 pigeons ont ainsi été tués, chiffre révélé par des documents obtenus par l’association PAZ. Depuis, les chiffres annuels de captures revendiqués par la municipalité sont plus mesurés : 139 en 2023, 156 en 2024, 107 en 2025.
Joseph Carles, le maire, ne se cache pas. Dans les colonnes de La Dépêche du Midi, il décrit la méthode sans détour : « La cuve de CO₂ est réchauffée. Le pigeon s’endort avant de mourir. L’objectif est qu’il ne souffre pas. » Il évoque aussi un « tri » — les pigeons sains seraient bagués et relâchés, les malades seulement euthanasiés. Ce protocole, pour l’heure, n’a pas été rendu public dans le détail. On ne sait pas combien de pigeons finissent effectivement gazés sur le total des captures, ni qui exécute concrètement les opérations.
Ce qui est clair, en revanche, c’est la justification invoquée : des plaintes d’habitants. Trottoirs souillés, façades dégradées, terrasses de café inutilisables. Une nuisance urbaine réelle, documentée, et qui revient dans toutes les grandes villes françaises — de Toulouse à Lyon en passant par Bordeaux. Blagnac n’est pas un cas isolé. C’est peut-être l’un des rares cas où un maire a choisi de ne pas s’en cacher.
PAZ contre la mairie : 21 000 signatures et une citation qui fait mal
Face à la mairie, l’association PAZ — Projet Animaux Zoopolis, fondée en 2017 à Paris — a choisi l’attaque frontale. Sa cofondatrice Amandine Sanvisens ne mâche pas ses mots : « Le gazage engendre une mort lente et douloureuse, comparable à une noyade. » Elle qualifie la description d’une mort « sans souffrance » par le maire d' »absurde » et de « scientifiquement contestable ». La formule a fait le tour des réseaux sociaux bien au-delà de Blagnac.
La mobilisation prend plusieurs formes. Une pétition initiée par Sabrina, habitante de Blagnac, dépasse les 21 669 signatures à ce jour. Le 31 janvier 2026, PAZ organise un « happening » en ville, en pleine campagne municipale, pour sensibiliser et faire signer une charte aux candidats. L’association a également obtenu des documents administratifs sur les opérations passées — et s’est tournée vers le tribunal administratif dans d’autres dossiers similaires, notamment à Toulouse voisine.
Les propositions alternatives avancées par PAZ ne sont pas nouvelles : pigeonniers contraceptifs, régulation des sites de nourrissage, sensibilisation du public, actions sur les œufs plutôt que sur les adultes. Ces méthodes existent, elles sont utilisées dans plusieurs villes françaises — et elles coûtent. À Toulouse, une élue évoque un coût de 12 000 euros par pigeonnier, auxquels s’ajoute la gestion quotidienne. Contre combien pour le gazage ? Le budget municipal de Blagnac consacré à la gestion des pigeons n’a, à ce stade, pas été rendu public.
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Le gazage des pigeons est-il légal ? Ce que répondent (et évitent de répondre) les parlementaires
C’est la question que tout le monde pose — et à laquelle personne ne répond vraiment franchement. En France, le pigeon biset urbain n’est pas classé « nuisible » au sens strict du Code rural. C’est le maire qui dispose, sur la base de ses pouvoirs de police municipale, de la faculté d’organiser des campagnes de régulation « en cas de trouble à l’ordre public ». C’est une réponse ministérielle publiée le 21 mai 2024 à l’Assemblée nationale qui le précise — en renvoyant à un guide du Muséum national d’Histoire naturelle qui conclut qu’aucune méthode n’est « totalement efficace et sans risques ».
Le gazage est donc pratiqué. Est-il pour autant clairement autorisé ? Une question au Sénat demandant explicitement son interdiction a été déposée en février 2024. La page du Sénat indique que la question est désormais « caduque » — sans réponse publiée. En clair : personne au niveau national n’a encore tranché. Les maires font ce qu’ils peuvent, ou ce qu’ils veulent, dans un cadre juridique flou que les parlementaires ne semblent pas pressés de clarifier.
Ce vide légal est inconfortable pour tout le monde. Pour les associations, qui ne peuvent pas s’appuyer sur une interdiction formelle pour agir en justice. Pour les maires, qui assument publiquement des pratiques dont la conformité exacte reste incertaine. Et pour les communes qui cherchent une solution pérenne — sans savoir ce qu’elles ont vraiment le droit de faire, ni ce qui fonctionne réellement.
Gestion des pigeons en ville : ce que la polémique de Blagnac dit à toutes les communes françaises
L’affaire Blagnac ne concerne pas que Blagnac. Elle met en lumière une réalité que des centaines de mairies françaises gèrent en silence, souvent sans méthode cohérente ni stratégie documentée : comment cohabiter avec les pigeons en ville sans créer une crise sanitaire d’un côté, une crise politique de l’autre ?
La prolifération des pigeons en milieu urbain est un problème de santé publique réel. Les fientes contaminent les surfaces, propagent des agents pathogènes, dégradent les bâtiments et les espaces publics. Les risques sanitaires associés — psittacose, salmonellose, aspergilloses — sont documentés par les autorités sanitaires françaises. Ce n’est pas une invention de maires excédés.
Mais la réponse à ce problème ne se réduit pas à un choix binaire entre gazage et inaction. Les professionnels du dépigeonnage disposent aujourd’hui d’une palette de solutions combinables : installation de dispositifs d’effarouchement, pose de filets et de pics anti-pigeons sur les zones à risque, mise en place de pigeonniers contraceptifs gérés de façon régulière, accompagnement des propriétaires sur la sécurisation de leurs façades. Ces interventions, contrairement au gazage, agissent sur les causes — l’accès aux sites de nidification et aux sources de nourriture — et non sur les symptômes.
Ce que la polémique de Blagnac rappelle, c’est qu’une gestion réactive et ponctuelle ne règle jamais le fond du problème. Les 107 pigeons capturés en 2025 à Blagnac sont remplacés par d’autres en quelques semaines, attirés par les mêmes ressources que leurs prédécesseurs. Sans intervention sur l’environnement — les bâtiments, les zones de nourrissage, les accès — le cycle recommence indéfiniment. Et la polémique avec.





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