Depuis quelques jours, les habitants de Cassis marchent en regardant leurs pieds. Des files de chenilles traversent les trottoirs, les chemins de randonnée, les allées de jardins. Le 8 mars, TF1 en fait un sujet national. Le lendemain, la mairie des 6e et 8e arrondissements de Marseille publie une alerte officielle. Ce qui se joue sur le littoral des Bouches-du-Rhône n’est pas un accident local — c’est un mécanisme biologique annuel, amplifié cette année par l’hiver le plus doux depuis des décennies, qui touche chaque commune plantée de pins entre Cassis et le Var.
« Il y en a partout, c’est horrible » — Cassis en première ligne
Le 8 mars 2026, à 18h28, TF1 Info met en ligne un reportage depuis Cassis, Bouches-du-Rhône. Les images parlent d’elles-mêmes : des processions de plusieurs dizaines de chenilles traversent les chemins. Des habitants témoignent de leur vigilance quotidienne. Une pharmacienne interrogée dans le reportage explique le mécanisme des soies urticantes et confirme une hausse des demandes de soins. Ce qu’elle souligne aussi : cette année, les chenilles sont apparues « avec plusieurs semaines d’avance », un phénomène qu’elle attribue au redoux de fin d’hiver.
Cassis n’est pas une anomalie sur la carte. C’est l’une des communes les plus exposées de la région — par sa géographie, par sa végétation, par sa taille. Avec 6 706 habitants au recensement 2022, quelques rues très touchées suffisent à produire un sentiment d’invasion que ne ressentirait pas de la même manière une ville dix fois plus grande. Et surtout, Cassis est littéralement enchâssée dans le Parc national des Calanques, entourée de pinèdes, dont certaines issues de reboisements après l’incendie de 1982. La processionnaire du pin vit sur les pins. Le terrain était prêt.
Marseille suit : une alerte officielle en moins de 24 heures
Le 9 mars 2026 à 13h30 — le lendemain du reportage TF1 — la mairie des 6e et 8e arrondissements de Marseille publie une alerte de vigilance : des habitants signalent une présence précoce de nids dans différents quartiers. Des dispositifs ont été installés dans les parcs et jardins. Des panneaux de prévention sont en place. La mairie demande aux habitants de signaler les nids via les voies habituelles.
Marseille n’est donc pas une spectatrice de l’épisode cassidain — elle est dans la même séquence, avec les mêmes causes et les mêmes points de tension : des pins en ville, des espaces verts fréquentés, des chiens en laisse qui flairent le sol.
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Pourquoi mars ? La biologie avant la météo
Avant de parler de climat ou d’anomalie, il faut comprendre la mécanique de base. L’Office national des forêts l’explique sans ambiguïté : dès le mois de mars, les chenilles processionnaires du pin qui ont hiverné dans leurs nids soyeux, en hauteur dans les arbres, descendent au sol en file indienne pour s’y enfouir et se transformer en chrysalide.
C’est précisément cette migration — arbre vers sol — qui rend le phénomène soudainement visible. Pendant tout l’automne et l’hiver, les nids étaient là-haut, discrets, rarement repérés par les passants. En mars, la colonie entière traverse les trottoirs, les allées de parcs, les pelouses des écoles. Le risque descend au niveau du promeneur, de l’enfant, du chien.
L’ARS PACA confirme cette fenêtre régionale : en Provence-Alpes-Côte d’Azur, la processionnaire du pin est considérée comme urticante de novembre à mars. Mars est le dernier mois de cette période — et le plus visible, de loin.
Un hiver historiquement doux — mais à ne pas sur-interpréter
Le contexte météo de 2025-2026 donne du poids à l’idée d’une sortie plus précoce. Le 4 mars 2026, Météo-France publie son bilan climatique : l’hiver 2025-2026 est classé au 4e rang des hivers les plus doux depuis 1900. Février 2026 arrive au 2e rang des mois de février les plus chauds jamais enregistrés, avec un écart de +3,5°C par rapport à la normale de référence 1991-2020.
Ces données rendent crédible l’hypothèse d’une précocité dans la date de sortie. Mais le Parc national des Calanques apporte une nuance que les médias généralistes passent souvent sous silence : observer beaucoup de nids peut être « a priori » normal lors d’un pic cyclique naturel, et aucune étude n’a établi en Provence de lien entre changement climatique et développement plus marqué de la processionnaire. Ce que le Parc reconnaît en revanche : des hivers plus doux peuvent avancer la date de descente — ce qui correspond à ce que ressentent les habitants cette année.
La distinction est importante : ce n’est pas nécessairement plus de chenilles. C’est plus tôt. Et dans des lieux où les gens circulent quotidiennement, « plus tôt » change tout.
Les vrais risques — ce que dit l’ANSES sans alarmisme
Sur le plan sanitaire, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) est la référence. Elle identifie trois zones d’impact.
La peau d’abord : rougeurs, démangeaisons, urticaire, parfois cloques. C’est la réaction la plus fréquente et la plus connue du grand public.
Les yeux ensuite : conjonctivite, larmoiement, douleur, sensation de brûlure. Souvent déclenchée non par le contact direct mais par des soies transportées dans l’air.
Les voies respiratoires enfin : toux, gêne, irritation. Et c’est là qu’intervient le point que l’ANSES insiste à rappeler : il n’est pas nécessaire de toucher la chenille pour présenter des symptômes. Les soies urticantes se détachent et flottent. La simple proximité d’une procession peut suffire à déclencher une réaction.
En cas d’expositions répétées, le risque d’allergie existe, pouvant aller dans certains cas jusqu’au malaise. L’ARS PACA ajoute une précaution absolue pour les tout-petits : si un enfant porte une chenille à la bouche, il faut consulter les urgences immédiatement.
Les chiens en première ligne — un risque grave trop peu connu
C’est probablement la donnée la plus sous-estimée par le grand public. Selon les données de toxicovigilance de l’ANSES : 92% des animaux exposés aux processionnaires sont des chiens. Les chats représentent environ 7%.
Le mécanisme est direct. Le chien flaire la procession, lèche, ou prend en gueule — et les soies urticantes se fixent sur les muqueuses buccales. Les lésions peuvent rapidement devenir sévères. Dans les cas les plus graves, non pris en charge rapidement, elles peuvent conduire à la nécrose de la langue. Ce n’est pas un risque marginal : c’est documenté, chiffré, et il progresse à mesure que les processionnaires descendent des arbres et traversent les zones de promenade.
À Cassis, les témoignages recueillis par TF1 le disent clairement : les propriétaires de chiens ont changé leurs habitudes de promenade depuis quelques jours. Ils scrutent le sol avant chaque pas. Certains évitent désormais certains chemins.
En cas de contact : rinçage immédiat à grande eau sans frotter, et consultation vétérinaire sans attendre l’apparition de symptômes visibles.
Ce que la mairie peut faire — et les limites du cadre légal
Quand les habitants appellent leur mairie, ils visent la bonne porte. Mais la réalité juridique est plus complexe que ce que laisse croire l’intuition.
Le décret n°2022-686 a inscrit les processionnaires du pin et du chêne dans la liste des espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine, dans le Code de la santé publique. C’est une avancée réelle. Mais concrètement, c’est le préfet qui fixe par arrêté les modalités d’application des mesures dans son département, après avis de l’ARS. Le maire peut participer à l’élaboration et à la mise en œuvre locale — il ne décide pas seul.
Le Code prévoit par ailleurs que les propriétaires, locataires, gestionnaires et occupants ont l’obligation de mettre en œuvre les mesures de l’arrêté préfectoral dans le délai fixé. Ce qui signifie que la réponse ne repose pas uniquement sur la commune : les espaces privés sont aussi concernés.
Cassis intervient chaque année près du centre-ville, sur ses espaces publics, dans un cadre réglementaire contraint : traitements aériens interdits, moyens limités, respect des équilibres écologiques du Parc national. Marseille applique la même doctrine : intervention manuelle et ciblée dans les parcs, cours d’école et cheminements urbains — mais aucune mesure à grande échelle dans les espaces naturels, pour ne pas perturber la biodiversité.
La réponse gouvernementale au Sénat en 2025 l’affirme sans détour : une lutte intensive dans les massifs forestiers serait délétère pour les espèces prédatrices naturelles de la processionnaire. La lutte raisonnée, proportionnée au risque sanitaire réel et concentrée sur les zones fréquentées, est le seul cadre viable.
Sanary, La Ciotat, le Var — le littoral entier est dans le même calendrier
Le cas Cassis n’est pas unique. C’est Cassis qui a fait la une parce qu’un reportage national y a été tourné. Mais le même phénomène se joue simultanément sur tout le littoral méditerranéen.
Sanary-sur-Mer, dans le Var, publiait dès le 23 janvier 2026 une alerte municipale — plus d’un mois avant le reportage de Cassis — signalant une descente précoce et des contrôles quotidiens sur les espaces boisés. La mairie affirmait clairement que l’éradication totale n’était pas envisageable et optait pour une gestion ciblée.
La commune de La Ciotat, entre Cassis et le Var, publiait le 2 mars 2026 une fiche de prévention locale décrivant une présence des processionnaires de fin décembre à mai, avec une insistance sur la période de sortie au sol comme moment à risque maximal.
Le schéma se répète de commune en commune : des pins, des promeneurs, des animaux, des lieux publics fréquentés, et mars comme point de bascule annuel.





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