À Montpellier, une usine produit des moustiques tigres mâles stérilisés aux rayons X avant de les relâcher en ville, avec l’objectif de limiter leur descendance. Face à la progression de cet insecte vecteur de maladies, cette méthode industrielle suscite autant d’espoirs que de questions..
Le moustique tigre n’est plus seulement un sujet de gêne estivale : il est devenu un enjeu sanitaire suivi de près par les autorités, les chercheurs et les collectivités. Derrière les lâchers de mâles stériles, une question se pose désormais : cette méthode peut-elle vraiment changer l’échelle de la lutte en France, ou reste-t-elle encore trop complexe à généraliser ?
À Montpellier, une usine mise sur des moustiques tigres rendus stériles
Dans l’usine Terratis, à Montpellier, des moustiques tigres mâles sont élevés avant d’être envoyés dans une machine à rayons X. Le procédé vise à stériliser leurs spermatozoïdes, puis à relâcher ces insectes en zone urbaine afin qu’ils s’accouplent avec des femelles sans produire de descendance viable.
Le principe repose sur la technique de l’insecte stérile, apparue il y a plusieurs décennies dans le monde agricole. Appliquée au moustique tigre, elle prend aujourd’hui une nouvelle importance avec la progression des insectes vecteurs de maladies comme la dengue ou le chikungunya.
Chez Terratis, le changement d’échelle est déjà engagé. La start-up, créée en 2024, produit actuellement environ 1,5 million de moustiques tigres stériles par semaine et vise une capacité de 40 millions par semaine d’ici deux ans. Selon sa cofondatrice Clelia Oliva, l’entreprise observe aussi une forte hausse des commandes, avec un intérêt croissant des municipalités.
Cette dynamique place Terratis parmi les projets industriels suivis de près dans le monde. D’après la source, une cinquantaine d’initiatives de ce type sont en développement à l’international, mais le passage à grande échelle reste encore l’un des principaux défis de cette approche.
Une méthode testée localement, mais encore difficile à généraliser
À Montpellier, la stérilisation du moustique tigre ne reste pas cantonnée à l’usine. Dans le quartier Malbosc, une expérimentation commencée en août 2025 se poursuit avec des lâchers réguliers de moustiques mâles stériles.
Le dispositif repose sur une cadence précise : 100 000 moustiques sont dispersés deux fois par semaine sur 31 points de lâcher. Cette organisation montre que la méthode demande une production continue, une logistique maîtrisée et une adaptation fine au terrain.
Le coût reste l’un des freins les plus visibles. À Montpellier, l’expérimentation est estimée à environ 70 000 euros, selon Stéphane Jouault, adjoint au maire délégué à la nature et à la biodiversité. L’élu estime que la ville ne peut pas financer seule des lâchers à l’échelle de tout son territoire et renvoie aussi vers le rôle de l’État et des Agences régionales de santé.
D’autres essais sont cités en dehors de Montpellier. À Brive-la-Gaillarde, en Corrèze, Terratis a relâché 11 millions de moustiques stériles en mai 2025. Selon Clelia Oliva, une partie importante des œufs observés au printemps étaient déjà stériles, avec une proportion annoncée en hausse à l’issue de l’été 2026.
Pour les chercheurs, la difficulté n’est donc pas seulement de démontrer le principe. Frédéric Simard, directeur de l’Institut de recherche pour le développement à Montpellier, souligne que les rendements doivent encore augmenter, que les coûts doivent baisser et que la méthode doit être adaptée aux territoires concernés. Autrement dit, la stérilisation avance sur le terrain pour limiter la reproduction du moustique tigre et, à terme, réduire le risque de piqûre, mais elle n’a pas encore atteint le stade d’un déploiement simple et massif.
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Entre risque sanitaire et flou réglementaire, une stratégie encore en construction
Cette expérimentation intervient alors que Aedes albopictus (moustique tigre) continue de s’étendre en France. Apparu dans le Sud-Est en 2004, l’insecte est désormais présent dans 83 départements, une progression que la source relie notamment au changement climatique.
Le contexte sanitaire renforce l’attention portée à ces nouvelles approches. En 2025, année présentée comme record par Santé publique France, 809 cas autochtones de chikungunya et 30 cas autochtones de dengue ont été comptabilisés. Ces chiffres rappellent que le sujet dépasse la simple nuisance estivale.
Mais en France, le cadre reste encore incertain. Frédéric Simard évoque un flou réglementaire autour du moustique stérile, qui n’est considéré ni comme un biocide, ni comme un insecte transgénique. Cette zone grise pourrait freiner les investissements privés, alors même que la filière cherche à se structurer.
À l’étranger, d’autres stratégies sont déjà privilégiées. En Amérique du Sud et en Asie, la bactérie Wolbachia est utilisée pour rendre certains moustiques incapables de transmettre des virus comme la dengue, le zika ou le chikungunya. Au Brésil, une usine spécialisée produit à elle seule 100 millions d’œufs par semaine, ce qui illustre l’avance prise par certaines approches industrielles.
Pour les spécialistes cités, ces méthodes ne s’opposent pas forcément. La stérilisation, Wolbachia, les pièges ou les insecticides peuvent être pensés comme des outils complémentaires, avec des usages différents selon l’urgence sanitaire et les territoires. Le moustique stérile s’inscrit surtout dans une logique de temps long.
L’objectif affiché par Terratis n’est donc pas l’éradication du moustique tigre, jugée hors d’atteinte, mais une baisse forte et durable de ses densités. La production de plusieurs milliards de moustiques stériles est jugée plausible si le marché se structure, mais la méthode reste encore suspendue à plusieurs conditions : coûts, réglementation, capacité industrielle et efficacité locale.






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